Billets avec mot-clé ‘travail collaboratif’

Des pistes pour une approche concertée de la GRH et de la GdC

8 décembre 2009 par Mireille Lacasse

Au-delà des approches fort intéressantes adoptées pour formaliser les connaissances en milieu de travail, établir leur caractère stratégique ou encore mettre en place des technologies qui permettront de sauvegarder la mémoire organisationnelle, plusieurs auteurs ont fait valoir l’importance de prendre en compte les aspects humains pour réussir le partage et le transfert des savoirs et pour stimuler la création de nouvelles connaissances.

Les auteurs Isabelle Bourdon1 et Nathalie Tessier2 reprennent ce propos et, dans leur article intitulé Management des connaissances et gestion des ressources humaines : l’incontournable tandem3, elles proposent plusieurs pratiques de gestion des ressources humaines qui peuvent contribuer au succès de la gestion des connaissances dans une organisation.

Outre la mise en place de groupes de travail dédiés, l’intégration de la gestion des connaissances dans les programmes de formation ou encore le fait de créer un environnement propice au partage des savoirs, les auteurs soulignent notamment l’importance de réviser les modes d’évaluation des performances. À titre d’exemples, elles mentionnent différents critères utilisés dans des grilles d’évaluation du personnel pour mettre en valeur l’importance accordée par l’organisation à la gestion et au transfert des connaissances, soit :

  • La création de nouvelles connaissances (apport de solutions novatrices, créativité, participation à des groupes de réflexion, etc.) ;
  • Le stockage de connaissances (élaboration de méthodes, de systèmes qui contribuent à l’efficacité organisationnelle, formalisation des meilleures pratiques, etc.) ;
  • La diffusion des connaissances (partage de ses connaissances et de ses expériences, transmission de son savoir-faire, etc.) ;
  • L’application des connaissances (utilisation des connaissances et des expériences des experts dans son travail, etc.).

Les auteurs estiment ainsi que «les outils d’appréciation des performances et des compétences peuvent être des relais dans la diffusion des pratiques de management des connaissances car formaliser les attentes de l’entreprise en la matière permet de favoriser une culture propice au partage et à la transmission des connaissances».

Voilà donc certains moyens, parmi d’autres, auxquels la gestion des ressources humaines peut recourir pour contribuer au développement et au soutien de la gestion des connaissances dans les organisations.

Mireille Lacasse, directrice de projet
CEFRIO

Pour en savoir plus :
1) Isabelle Bourdon est Maître de conférences à l’École Polytechnique Universitaire, Université Montpellier II, CREGO Montpellier-Management (France).
2) Nathalie Tessier est Docteur en Sciences de gestion, Enseignant-Chercheur GRH et Management, ESDES-Université Catholique de Lyon, Laboratoire du GEMO (France).
3) Article publié dans la revue Économie et Management, numéro 126, janvier 2008: http://www.cregor.net/membres/bourdon/travaux/referencearticlereview.2008-05-02.3043590208

Le secteur agricole sur le chemin de l’innovation!

28 avril 2009 par Youni Shabah

Défis du secteur agricole et agroalimentaire

De nos jours, l’industrie agricole et agroalimentaire se caractérise par une forte concurrence mondiale, une évolution rapide de la technologie et du marché et des exigences accrues au niveau financier et environnemental1. De plus, tout comme les autres secteurs économiques, le secteur agricole et agroalimentaire évolue de plus en plus dans une économie basée sur le savoir, source de créativité, d’innovation et d’amélioration de la compétitivité. Avec la complexité de l’agriculture des dernières années, les producteurs et entrepreneurs agricoles du Québec se doivent d’être à la fine pointe de l’information, qu’elle soit technologique, financière, environnementale, comptable, etc.

Cependant, il n’est pas possible pour un producteur agricole d’être un expert dans toutes les sphères de son entreprise. C’est pourquoi le rôle des conseillers agricoles est si important. Plus que jamais, les intervenants qui accompagnent les agriculteurs dans la gestion de leur entreprise se doivent d’utiliser des outils performants leur permettant de détenir toutes les informations pertinentes à leur travail. De plus en plus, ils doivent collaborer entre eux afin d’apporter le meilleur soutien aux producteurs agricoles et de bien les orienter dans des décisions qui peuvent avoir des implications financières importantes.

Actuellement, près de 2000 conseillers agricoles interviennent auprès des producteurs agricoles au Québec, dans toutes les régions. Ces conseillers sont confrontés à des défis liés à leur pratique professionnelle dans un contexte de larges territoires à couvrir. Comment améliorer la capacité de consultation des conseillers agricoles afin d’accroître la rentabilité et la compétitivité des entreprises agricoles ? Comment abolir les barrières géographiques et faciliter le travail de collaboration entre les conseillers agricoles ?

Un projet novateur : transformer les pratiques professionnelles

En réponse à l’enjeu stratégique de développement et de compétitivité du secteur agricole et agroalimentaire, le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) a souhaité impulser un mode de travail collaboratif entre les conseillers agricoles. C’est dans ce contexte qu’en 2008, le CRAAQ a fait appel au CEFRIO pour l’accompagner dans cette transformation et mettre au monde un espace virtuel d’information et de collaboration : le bureau virtuel agricole et agroalimentaire. Le projet fut financé à l’intérieur du programme du Renouveau du cadre stratégique agricole canadien et place le Québec en tête de liste dans la concrétisation de l’usage des TIC dans ce secteur.

La vision du bureau virtuel agricole et agroalimentaire

Le bureau virtuel agricole et agroalimentaire est vu par le CEFRIO et le CRAAQ comme un moyen pour développer une culture de collaboration et d’échanges de connaissances entre les conseillers, au bénéfice du secteur agricole et agroalimentaire. Il est né du désir de faire progresser le milieu agricole dans la voie du travail collaboratif afin d’améliorer l’efficacité professionnelle des conseillers agricoles grâce aux nouvelles technologies de l’information et de collaboration comme levier d’innovation.

Le bureau virtuel offre un appui significatif aux conseillers agricoles permettant tout d’abord, d’abolir les barrières géographiques et ainsi de faciliter grandement le travail de collaboration entre les conseillers agricoles. De plus, l’accès à une foule d’informations pertinentes et parfois cruciales dans l’analyse d’une problématique est beaucoup plus simple puisqu’elles sont disponibles à partir d’un même portail. Ainsi, peu importe que le conseiller expert requis soit à 500 km, celui-ci pourra apporter sa contribution au dossier par l’intermédiaire du bureau virtuel.

D’un point de vue individuel, il vise à offrir, sous une même interface, des ressources et outils nécessaires à la réalisation de sa fonction de services-conseils et à stimuler le travail de collaboration en ligne avec d’autres conseillers de différentes instances; afin d’améliorer ses performances de services-conseils. D’un point de vue collectif, il vise à développer une mémoire collective/un bagage de connaissances collectives accessibles au réseau; afin de faire progresser la profession et le secteur agricole et agroalimentaire et développer une dynamique de partage de connaissances et d’expertise entre conseillers.

Le bureau virtuel est caractérisé par un système convivial, fiable et sécuritaire et une interface publique aux conseillers agricoles présentant le potentiel de l’outil. On y retrouve un cybercafé pour les conseillers afin de stimuler le maillage, l’appel de collaboration et le partage d’informations ainsi que des outils de collaboration tels que : forum de discussion, bibliothèque, blogue, favoris, vidéoconférence, calendrier lié au logiciel Outlook, moteur de recherche par mots-clés et par étiquettes.

Déroulement du projet : une démarche progressive

La première phase du projet consistait à réaliser la planification du projet, soit l’analyse des besoins des conseillers ainsi que l’inventaire des outils technologiques disponibles. Le CEFRIO a d’abord mené une enquête auprès des conseillers agricoles du Québec et a accompagné le CRAAQ dans l’examen et le choix de plateformes technologiques appropriées. En collaboration avec le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) une plateforme technologique a été adaptée pour les besoins du bureau virtuel.

Afin de faciliter l’appropriation de nouvelles technologies dans les façons de faire des conseillers agricoles, une approche pilote d’expérimentation a été privilégiée auprès de trois groupes cibles du domaine agricole soit Valacta (production laitière), le Réseau d’expertise en gestion agricole (conseils en gestion dans les fermes) et le groupe d’experts sur le bleuet nain coordonné par Agrinova. Parallèlement, un travail d’analyse sur les dimensions propres à la gouvernance et à la gestion d’une telle plateforme de travail a été mené dans le but de guider les réflexions et les choix du comité directeur du projet.

Après quelques mois d’expérimentation, une évaluation a été menée au sein des trois groupes pilotes. Elle a permis de dresser un certain nombre de conditions qui doivent être prises en compte lors de la réalisation et le déploiement d’une plateforme d’outil collaboratif : l’établissement d’un protocole et des objectifs à atteindre, l’animation, l’importance de préciser les rôles, la culture de collaboration, l’appropriation et la sensibilisation, la démarche d’accompagnement et le support technique.

Des résultats concluants

Depuis un an, les objectifs poursuivis par le projet ont été atteints. Le bureau virtuel a permis à l’ensemble des groupes de faciliter les échanges entre les membres grâce à la plateforme collaborative, de stimuler une culture de partage entre conseillers et de répertorier des contenus et outils en un seul lieu commun.

Depuis la fin de l’expérimentation, les trois groupes de travail poursuivent l’utilisation du bureau virtuel. Ils ont notamment identifié différentes façons d’intégrer l’outil collaboratif dans leur usage quotidien ou dans un contexte particulier à plus long terme : étendre la collaboration à d’autres membres du réseau et associations, utiliser l’outil collaboratif pour du coaching et du transfert d’expertise, etc. 

« Le bureau virtuel n’est qu’un outil technologique tant et aussi longtemps qu’il n’est pas adopté, humanisé et intégré dans le quotidien des conseillers agricoles. Il se doit d’être vu comme une valeur ajoutée dans le réseautage, le partage d’information et, surtout, la collaboration avec les autres conseillers pour une meilleure performance du secteur agricole et agroalimentaire » soutient Marie-Claude Lapierre, coordonnatrice du Bureau de projets et des TI, au CRAAQ.

Par ailleurs, le bilan et les résultats du projet d’expérimentation ont été dévoilés lors d’une session de transfert qui s’est tenue le 17 mars dernier à Drummondville. Véritable plateforme d’échanges sur les enjeux, les facteurs de succès et les leçons utiles à la transformation des pratiques, cette session de transfert a réuni des partenaires du CRAAQ, des présidents de comités et commissions, des conférenciers ainsi que des personnes engagées dans l’expérimentation du projet. Les présentations visuelles des conférences sont désormais disponibles sur le site web du bureau virtuel et les extraits vidéo de chacune des conférences de la journée seront en ligne sous peu.

L’avenir du bureau virtuel : pérenniser la collaboration

La collaboration dans le secteur agricole et agroalimentaire est un choix stratégique qui doit s’appuyer sur un processus progressif de transformation du secteur. Ce n’est pas qu’un projet, un site Web, un portail ou un outil : c’est davantage la transformation de la culture professionnelle du milieu agricole et agroalimentaire. Passer du mode silo au mode réseau, voilà l’esprit du bureau virtuel dont les valeurs communes sont le partage, la confiance, le respect d’autrui et le droit à l’erreur.

Comme l’indique Brigitte Dumont, Directrice générale du CRAAQ « Certes, ce projet est avant-gardiste! Nous sommes confiants en l’adoption du  bureau virtuel pour optimiser le travail collaboratif et développer de nouveaux réseaux ».  

Incontestablement, les bénéfices du travail collaboratif sont nombreux : réduction de couts, gain de temps, augmentation de la productivité, amélioration de l’autonomie des équipes, capitalisation et transfert des connaissances et des expertises, plus grande fluidité des données, une meilleure qualité de service client, etc. Toutefois, le principal enjeu du bureau virtuel est de transformer réellement les pratiques professionnelles, de manière à ce que les conseillers agricoles en voient rapidement le bénéfice pour eux, dans leur travail quotidien. Cet aspect de la transformation tient particulièrement à cœur au CRAAQ qui compte poursuivre son appui aux groupes de travail virtuels démarrés et aux nouveaux groupes qui souhaitent explorer ces nouvelles façons de faire.


1
Source : http://www.agr.gc.ca/rcs-src/coop/index_f.php?page=agriculture&s1=pub