Le développement et la survie des collectivités rurales sont des sujets de préoccupation depuis quelques décennies, car les situations auxquelles celles-ci doivent faire face sont multiples et exigent des approches novatrices dans la recherche de solutions adaptées à leur condition. Les problèmes liés à la démographie (vieillissement et migration des jeunes), au maintien et à l’adaptation des services de proximité, à la sauvegarde du tissu social et du cadre de vie, à la consolidation et à la création d’emplois, et à l’adaptation de l’économie représentent des défis majeurs.
Les régions explorent de nouvelles avenues afin de susciter le développement et l’occupation dynamique du territoire. Dans ce contexte, un des leviers importants, qui fait progressivement son apparition dans les communautés rurales, est l’accès au réseau large bande et les possibilités de développement qu’offrent les technologies de l’information (TI). Ce canal de communication peut s’avérer puissant dans la mesure où les milieux sauront les utiliser à profit. Comme l’évoquait Nicola Crosta, de l’OCDE, dans son intervention au colloque Villes, régions et territoires innovants, organisé par le CEFRIO, « finies les stratégies de développement défensives : Internet permet aux villes et aux régions de passer à l’attaque ».
Comment soutenir la transformation d’une région en territoire innovant ?
Le colloque Villes, régions et territoires innovants, offrait un atelier portant particulièrement sur les modèles de transformation des milieux en région innovant à l’aide des TI. Une expérience québécoise et une initiative française ont été présentées.
D’abord, au Québec, la région de la Baie-des-Chaleurs, qui regroupe les municipalités régionales de comté (MRC) d’Avignon et de Bonaventure, a entrepris, en mars 2006, une démarche d’innovation ayant essentiellement pour objet l’accompagnement d’un milieu rural québécois en vue de son développement social, communautaire et économique par l’utilisation inventive et pratique des technologies modernes de l’information et de la communication. Cette démarche, entreprise à l’initiative du CEFRIO, est coordonnée localement avec les acteurs du milieu, comme les centres locaux de développement, la Société d’aide au développement des collectivités et le Réseau collectif de fibre optique de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.
De cette démarche découlent plusieurs projets de développement par les TI qui touchent différents secteurs socioéconomiques (municipal, jeunesse, bioalimentaire, entrepreneuriat, tourisme, etc.). Les intervenants veulent bâtir un modèle d’innovation propre à ces MRC qui pourrait, éventuellement, favoriser la transmission du savoir-faire à d’autres municipalités.
En France, la région du Parc naturel régional du Haut-Jura a développé une expertise particulière dans la mise en valeur du territoire au moyen de circuits géopositionnés qui portent sur différents thèmes. Ce projet intitulé « Du virtuel au naturel » a été coordonné par la firme Ocalia, experte de l’utilisation des TI dans un contexte de ruralité.
Des expériences d’accompagnement menées sur une dizaine de territoires français, ressort un constat majeur : dans les collectivités qui travaillent à un environnement favorable à l’innovation, ce ne sont plus les organismes municipaux ou régionaux qui portent les projets. Ils jouent plutôt un rôle de facilitateur pour les acteurs locaux. Afin de soutenir cette approche, les différentes instances du Parc naturel régional ont équipé leurs différents bâtiments de salles de visioconférence. Ces salles sont à la disposition des intervenants du territoire pour faciliter la communication et la concertation. C’est d’ailleurs cette approche que le CEFRIO a choisie dans la démarche des MRC afin de faciliter la réalisation de projets innovateurs impliquant les TI, mais portés par des acteurs du milieu, par exemple une maison de jeunes, un regroupement de municipalités, etc.
Le système municipal au Québec se fonde sur le schéma d’aménagement qui encadre la façon d’occuper le territoire dans les MRC. À la lumière de leurs expériences, les dirigeants d’Ocalia proposent maintenant un schéma local de développement numérique aux régions de France afin de leur permettre de planifier globalement le déploiement de l’accès et de l’utilisation des TI à l’échelle d’un territoire (voir p. 8 de la présentation).
Développement régional par les TI : freins et perspectives d’avenir
Ces expériences sont prometteuses, mais elles font également ressortir certaines contraintes importantes sur les territoires ruraux. Premièrement, ce qu’il est convenu d’appeler la « fracture numérique » est un frein majeur au développement, car l’accès est très inégalement réparti sur le territoire québécois. Toutefois, les écarts constatés tendent à diminuer. Ensuite, au delà de l’accès, un des éléments centraux évoqués est la nécessité d’un leadership politique qui soutienne les projets et suscite un effet d’entraînement. À titre d’exemple, la mairesse de Bromont, madame Pauline Quinlan, par sa conviction qu’il fallait brancher sa ville, a contribué grandement à faire de celle-ci un modèle probant du concept de ville Internet au Québec.
C’est également à l’occasion du colloque international Villes, régions et territoires innovants, que des représentants du Parc naturel régional du Haut-Jura en France et de la Baie-des-Chaleurs au Québec ont signé une entente de partenariat afin de créer un réseau international de communautés qui misent sur les TI pour appuyer des stratégies de développement touristique durable. Les représentants de différentes régions ont manifesté, par la même occasion, leur volonté de créer un réseau de collaboration des territoires innovants du Québec, en vue de mettre en commun l’expertise qui se développe chaque jour aux quatre coins de la province. La collaboration semble aussi être le mot d’ordre pour ceux qui souhaitent innover et ces partenariats en émergence s’inscrivent tout à fait dans cet ordre d’idées. Comme l’a mentionné madame Claire Bolduc, nouvellement nommée présidente de Solidarité rurale : « Il n’y a pas de territoires sans avenir, seulement des territoires sans projet. »
Sources :
Audet, Antoine (2008). « Des expériences d’usages des TI en appui au développement territorial », Atelier 5, Colloque international Villes, régions et territoires innovants, CEFRIO, Québec, 2008, 31 p.
Burdeyron, Franck (2008). « Territoires innovants, territoires numériques : opportunités, freins, méthodes, facteurs clés de succès », Atelier 5, Colloque international Villes, régions et territoires innovants, CEFRIO, Québec, 2008, 9 p.
Tiré de : Québec (Province). Ministère des Services gouvernementaux, et CEFRIO (2008). Bulletin d’information e-Veille, avril 2008.
Nous vous suggérons de lire les autres articles de ce numéro spécial portant sur le colloque international du CEFRIO intitulé Villes, régions et territoires innovants (avril 2008 : Québec, Québec)