Billets avec mot-clé ‘développement régional’

Transfert des connaissances : « efarming » ou agriculteurs en ligne, une expérience australienne exemplaire

30 juin 2009 par Ndiamé Gueye

Le déploiement  de la  large bande dans les communautés rurales est inscrit dans les plans de politiques numériques des gouvernements en Occident  pour soutenir la croissance économique,  résoudre certains  problèmes associés à l’éloignement  géographique et stopper la fracture  numérique. Mais, ce déploiement n’est qu’une étape. En effet, l’atteinte des objectifs associés à la disponibilité de la  haute vitesse est conditionnelle  à l’adoption puis à l’utilisation efficace et efficiente de cette ressource par les collectivités. C’est donc de dire qu’il peut être nécessaire de fournir des formes d’utilisation pertinentes en présentant  au public  des modèles de contenus  qui vont au-delà de l’envoi et de la réception de  courriels, par exemple. En ce sens, Farming 2.0 ou efarming, est une expérience australienne  qui pourrait servir d’exemple et mener à des initiatives de partage et de transfert de connaissances.

Cette initiative, qui décrit la construction d’une communauté virtuelle d’agriculteurs, a été menée par John Warr, un responsable de l’efficacité de l’agriculture « afin de fournir une riche source d’actualités et d’informations personnalisables pour les agriculteurs de toute l’Australie». Warr  déclare à ce sujet : « Il ya beaucoup d’informations là-bas pour les agriculteurs et d’avoir tout en un seul endroit est unique et n’a jamais été bien fait auparavant». L’objectif de Warr et de ses collaborateurs, qui ont passé 6 mois à élaborer ce site web, est de concevoir une page d’accueil pour tous les agriculteurs de l’Australie. Ainsi, le site, conçu spécialement pour eux, améliore les informations fournies sur le marché et aide ceux-ci à prendre de meilleures décisions. Ces informations portent sur les services météorologiques, les nouveaux produits agricoles, les rapports des marchés boursiers, les petites annonces agricoles, les bulletins de nouvelles ainsi que sur les flux de données provenant des ministères et autres organismes, etc.

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Le CEFRIO et SRQ s’associent

20 mai 2009 par Annie Lavoie

C’est devant les 155 intervenants présents à la Formation des agents de développement rural que le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO) et Solidarité rurale du Québec signaient, le 6 mai dernier, une entente liant les deux organisations dans leur objectif commun; l’optimisation du développement des collectivités rurales en matière d’appropriation et d’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Les deux organisations se sont engagées à développer ensemble la communauté de pratique des agents de développement (Central des agents) en plus de s’allier dans tout projet susceptible de faire avancer la progression des nouvelles technologies dans le territoire québécois.

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Dans l’ordre : Jacqueline Dubé, présidente-directrice générale, CEFRIO et Claire Bolduc, présidente, Solidarité rurale du Québec.

Quand les TI viennent en appui au développement rural

24 mars 2009 par CEFRIO

Le développement et la survie des collectivités rurales sont des sujets de préoccupation depuis quelques décennies, car les situations auxquelles celles-ci doivent faire face sont multiples et exigent des approches novatrices dans la recherche de solutions adaptées à leur condition. Les problèmes liés à la démographie (vieillissement et migration des jeunes), au maintien et à l’adaptation des services de proximité, à la sauvegarde du tissu social et du cadre de vie, à la consolidation et à la création d’emplois, et à l’adaptation de l’économie représentent des défis majeurs.

Les régions explorent de nouvelles avenues afin de susciter le développement et l’occupation dynamique du territoire. Dans ce contexte, un des leviers importants, qui fait progressivement son apparition dans les communautés rurales, est l’accès au réseau large bande et les possibilités de développement qu’offrent les technologies de l’information (TI). Ce canal de communication peut s’avérer puissant dans la mesure où les milieux sauront les utiliser à profit. Comme l’évoquait Nicola Crosta, de l’OCDE, dans son intervention au colloque Villes, régions et territoires innovants, organisé par le CEFRIO, « finies les stratégies de développement défensives : Internet permet aux villes et aux régions de passer à l’attaque ».

Comment soutenir la transformation d’une région en territoire innovant ?
Le colloque Villes, régions et territoires innovants, offrait un atelier portant particulièrement sur les modèles de transformation des milieux en région innovant à l’aide des TI. Une expérience québécoise et une initiative française ont été présentées.

D’abord, au Québec, la région de la Baie-des-Chaleurs, qui regroupe les municipalités régionales de comté (MRC) d’Avignon et de Bonaventure, a entrepris, en mars 2006, une démarche d’innovation ayant essentiellement pour objet l’accompagnement d’un milieu rural québécois en vue de son développement social, communautaire et économique par l’utilisation inventive et pratique des technologies modernes de l’information et de la communication. Cette démarche, entreprise à l’initiative du CEFRIO, est coordonnée localement avec les acteurs du milieu, comme les centres locaux de développement, la Société d’aide au développement des collectivités et le Réseau collectif de fibre optique de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

De cette démarche découlent plusieurs projets de développement par les TI qui touchent différents secteurs socioéconomiques (municipal, jeunesse, bioalimentaire, entrepreneuriat, tourisme, etc.). Les intervenants veulent bâtir un modèle d’innovation propre à ces MRC qui pourrait, éventuellement, favoriser la transmission du savoir-faire à d’autres municipalités.

En France, la région du Parc naturel régional du Haut-Jura a développé une expertise particulière dans la mise en valeur du territoire au moyen de circuits géopositionnés qui portent sur différents thèmes. Ce projet intitulé « Du virtuel au naturel » a été coordonné par la firme Ocalia, experte de l’utilisation des TI dans un contexte de ruralité.

Des expériences d’accompagnement menées sur une dizaine de territoires français, ressort un constat majeur : dans les collectivités qui travaillent à un environnement favorable à l’innovation, ce ne sont plus les organismes municipaux ou régionaux qui portent les projets. Ils jouent plutôt un rôle de facilitateur pour les acteurs locaux. Afin de soutenir cette approche, les différentes instances du Parc naturel régional ont équipé leurs différents bâtiments de salles de visioconférence. Ces salles sont à la disposition des intervenants du territoire pour faciliter la communication et la concertation. C’est d’ailleurs cette approche que le CEFRIO a choisie dans la démarche des MRC afin de faciliter la réalisation de projets innovateurs impliquant les TI, mais portés par des acteurs du milieu, par exemple une maison de jeunes, un regroupement de municipalités, etc.

Le système municipal au Québec se fonde sur le schéma d’aménagement qui encadre la façon d’occuper le territoire dans les MRC. À la lumière de leurs expériences, les dirigeants d’Ocalia proposent maintenant un schéma local de développement numérique aux régions de France afin de leur permettre de planifier globalement le déploiement de l’accès et de l’utilisation des TI à l’échelle d’un territoire (voir p. 8 de la présentation).

Développement régional par les TI : freins et perspectives d’avenir
Ces expériences sont prometteuses, mais elles font également ressortir certaines contraintes importantes sur les territoires ruraux. Premièrement, ce qu’il est convenu d’appeler la « fracture numérique » est un frein majeur au développement, car l’accès est très inégalement réparti sur le territoire québécois. Toutefois, les écarts constatés tendent à diminuer. Ensuite, au delà de l’accès, un des éléments centraux évoqués est la nécessité d’un leadership politique qui soutienne les projets et suscite un effet d’entraînement. À titre d’exemple, la mairesse de Bromont, madame Pauline Quinlan, par sa conviction qu’il fallait brancher sa ville, a contribué grandement à faire de celle-ci un modèle probant du concept de ville Internet au Québec.

C’est également à l’occasion du colloque international Villes, régions et territoires innovants, que des représentants du Parc naturel régional du Haut-Jura en France et de la Baie-des-Chaleurs au Québec ont signé une entente de partenariat afin de créer un réseau international de communautés qui misent sur les TI pour appuyer des stratégies de développement touristique durable. Les représentants de différentes régions ont manifesté, par la même occasion, leur volonté de créer un réseau de collaboration des territoires innovants du Québec, en vue de mettre en commun l’expertise qui se développe chaque jour aux quatre coins de la province. La collaboration semble aussi être le mot d’ordre pour ceux qui souhaitent innover et ces partenariats en émergence s’inscrivent tout à fait dans cet ordre d’idées. Comme l’a mentionné madame Claire Bolduc, nouvellement nommée présidente de Solidarité rurale : « Il n’y a pas de territoires sans avenir, seulement des territoires sans projet. »

Sources :
Audet, Antoine (2008). « Des expériences d’usages des TI en appui au développement territorial », Atelier 5, Colloque international Villes, régions et territoires innovants, CEFRIO, Québec, 2008, 31 p.

Burdeyron, Franck (2008). « Territoires innovants, territoires numériques : opportunités, freins, méthodes, facteurs clés de succès », Atelier 5, Colloque international Villes, régions et territoires innovants, CEFRIO, Québec, 2008, 9 p.

Tiré de : Québec (Province). Ministère des Services gouvernementaux, et CEFRIO (2008). Bulletin d’information e-Veille, avril 2008.

Nous vous suggérons de lire les autres articles de ce numéro spécial portant sur le colloque international du CEFRIO intitulé Villes, régions et territoires innovants (avril 2008 : Québec, Québec)

De nouveaux paradigmes pour un développement régional durable

4 avril 2008 par Sophie Poudrier

Nos sociétés doivent s’adapter continuellement à l’évolution économique, sociale, environnementale et technologique. Ce n’est pas nouveau, les tendances émergentes bouleversent les façons de travailler et de vivre. Elles remettent en cause les structures établies. Au colloque international Villes, régions et territoires innovants, les conférenciers Nicola Crosta, directeur du programme de développement régional, Direction de la gouvernance publique et du développement territorial à l’OCDE, ainsi que Randall Kempner, vice-président à l’innovation régionale au Council on Competitiveness, ont abordé la problématique du développement régional sous un angle international. Quels sont les impératifs mondiaux actuels qui ont un effet sur le développement régional ? Qu’en est-il des solutions aux difficultés sociales et économiques des régions ? Lesquelles privilégier ? Les constats et les expériences menées ailleurs dans le monde demeurent une source d’inspiration lorsqu’il s’agit d’élaborer des projets innovateurs et structurants.

Le développement régional, un enjeu mondial

En dépit des particularités régionales et nationales, les nouveaux paradigmes régionaux définis par les pays membres de l’OCDE valent aussi pour le Québec. Lors de sa présentation intitulée « Regions and globalisation : the new regional paradigm », Nicola Crosta a relevé cinq tendances majeures qui influent sur le développement régional. En voici un aperçu :

Des mesures ayant un caractère global et constituant des défis locaux : La globalisation des marchés met les régions en compétition, au même titre que les entreprises. Les réformes qui sont destinées aux régions sont élaborées à un niveau supranational. De leur côté, les régions doivent se les approprier et les mettre en place. Toutefois, la compréhension et la prise en compte, par les organismes d’État, des conséquences des décisions globales sur les milieux locaux sont souvent limitées.
La transmission des pouvoirs nationaux au niveau régional : Ce déplacement des responsabilités correspond à un élargissement du rôle des autorités locales. Cet élargissement ne coïncide pas nécessairement avec un transfert des ressources financières et cette situation soumet les gestionnaires régionaux à de nouveaux défis.
Les nouvelles tendances migratoires : Depuis plusieurs décennies, on observe le déplacement des populations rurales vers les milieux urbains. Ainsi, les administrations régionales doivent gérer à la fois des villes populeuses et de larges territoires à faible densité de population. Au cours des dernières années, on a vu des populations urbaines se déplacer vers les zones rurales. Cette tendance présente de véritables possibilités pour le développement des régions.
La mobilité des personnes augmente : Les individus sont prêts à parcourir une distance de plus en plus longue pour exercer leurs activités quotidiennes (travail, école, épicerie). Ce comportement est un changement important pour les régions situées à proximité des centres urbains.
Le changement du profil économique des villes et des régions : On compte moins d’emplois dans les secteurs agricole et manufacturier et davantage dans l’économie du savoir. Cela ne signifie pas nécessairement que les villes soient devenues l’unique moteur économique, l’endroit où l’on trouve la meilleure qualité de vie. Selon Nicola Crosta, les villes ne gagneront pas nécessairement la bataille du développement économique aux dépens des régions. Par exemple, à partir d’une certaine taille, les villes se trouvent aux prises avec de nombreux problèmes (pollution, insécurité, chômage, congestion) et les économies d’agglomération deviennent moins intéressantes. D’ailleurs, la crise alimentaire mondiale qui pointe conduit à une revalorisation des zones rurales et de l’exploitation des territoires agricoles.
Ces tendances mondiales affectent sérieusement la dynamique régionale. Comment doivent réagir les milieux régionaux et les autorités gouvernementales face à ces changements complexes ? Quelles mesures doit-on privilégier pour favoriser un développement régional durable ?

Des actions à l’échelle locale

Les propos tenus par le conférencier Randall Kempner mettent en lumière quelques pistes d‘intervention pour soutenir le développement régional dans le contexte mondial actuel. Intitulée « Turning regions into creative centers », sa conférence portait principalement sur les acteurs locaux et sur l’importance de leurs actions. De l’avis de Kempner, l’une des avenues les plus prometteuses pour le développement économique des régions est de miser sur la prospérité, c’est-à-dire d’offrir une grande qualité de vie aux citoyens.

Ainsi, Kempner insiste sur l’importance pour une communauté de posséder une main-d’œuvre de qualité. Selon lui, contrairement au discours habituel qui met l’accent sur les effets positifs que peut avoir une grande entreprise sur la santé économique d’une région, il est plus rentable d’investir dans la création de nouveaux talents. La présence d’une main-d’œuvre qualifiée attire davantage d’entreprises, celles-ci préférant s’implanter là où les ressources humaines compétentes sont disponibles. Ce changement de paradigme place la communauté dans une position de force, car ce sont les entreprises elles-mêmes qui la sollicitent pour s’y installer, plutôt que l’inverse. « Soyez des jardiniers économiques et faites croître de nouveaux talents », lance le vice-président à l’innovation régionale au Council on Competitiveness. En quoi cela consiste-il ?

D’une part, il importe d’assurer un enseignement primaire et secondaire de qualité dans la communauté. Cette formation de base permet de préparer les jeunes à répondre aux exigences de la société du savoir. De plus, ceux qui demeureront dans leur région d’origine posséderont une formation de qualité qui sera bénéfique pour le développement de la communauté. D’autre part, sans faire une guerre ouverte aux autres régions pour s’arracher les étudiants et les diplômés, il s’avère primordial d’inciter les étudiants talentueux à s’implanter dans la communauté. Pour y arriver, l’offre de stages ainsi que les activités sportives et artistiques sont des moyens efficaces de favoriser l’enracinement des jeunes. Le fait que les jeunes partent étudier ailleurs n’est pas une mauvaise chose, mais comment s’assurer qu’ils reviendront dans leur communauté une fois leurs études terminées ? Leur retour tient principalement à leur sentiment d’appartenance à cette communauté. À ce propos, certains établissements d’enseignement américains ont réalisé des projets au sein du campus ayant pour objet la création de liens entre les étudiants et la communauté (Campus 360 d’Iowa et Campus Philly de Philadelphie).

Au-delà de l’importance de posséder une main-d’œuvre qualifiée, une communauté doit s’interroger sur les façons d’offrir aux jeunes un environnement intéressant. Comment se distinguer des autres régions ? L’auteur Richard Florida traite abondamment de cette question dans son livre Who’s Your City ? Pour soutenir cet objectif identitaire, une communauté doit miser sur l’instauration d’une culture dynamique et tolérante. C’est souvent dans la différence et la marginalité que naissent les idées innovantes et stimulantes. Par exemple, Silicon Valley demeure l’un des endroits où l’on trouve le plus d’initiatives novatrices en Amérique du Nord. L’une des caractéristiques de cette région : le droit à l’erreur et à l’échec. Le fait d’avoir lancé un projet d’entreprise qui s’est conclu par une faillite n’y est pas perçu négativement, bien au contraire. Les connaissances acquises lors de cette expérience sont reconnues comme étant positives d’un point de vue professionnel. De plus, on trouve à Silicon Valley une culture de partage de connaissances et de collaboration qui soutient l’innovation. Votre communauté peut-elle en dire autant ? Il apparaît que les communautés qui encouragent la collaboration entre les citoyens, les entreprises et les organismes se démarquent des autres.

En définitive, que retenir de ces réflexions sur l’avenir du développement de nos régions ? D’abord, qu’investir dans l’infrastructure n’est pas tout. Pour une communauté, posséder un bassin de travailleurs qualifiés est tout aussi important, sinon davantage. Ensuite, comme le rappelle Nicola Crosta, « à l’exception de certains secteurs où l’innovation est un phénomène typiquement urbain […], l’innovation est largement un phénomène rural ».

Sources :
Crosta, Nicola (2008). Regions and globalisation : the new regional paradigm, avril, [33] p.

Florida, Richard (2008). Who’s Your City ? How the Creative Economy Is Making Where to Live the Most Important Decision of Your Life, 384 p.

Kempner, Randall (2008) Turning regions into creative centers, 10 avril, [7] p.

Tiré de : Québec (Province). Ministère des Services gouvernementaux, et CEFRIO (2008). Bulletin d’information e-Veille, avril 2008.

Nous vous suggérons de lire les autres articles de ce numéro spécial portant sur le colloque international du CEFRIO intitulé Villes, régions et territoires innovants (avril 2008 : Québec, Québec)