Les TI et l’éducation: Et si c’était à refaire ?
Il y a plus d’un demi-siècle, l’UNESCO faisait valoir l’importance, pour une nation, de rendre l’école secondaire accessible au plus grand nombre de jeunes possible. Le Québec et d’autres États ont réagi à cette idée en se dotant d’établissements dont le fonctionnement ressemble un peu à celui d’usines de montage : les enseignants ont pour tâche de transmettre un enseignement compartimenté à des élèves qui se relaient devant eux à intervalle régulier. « Si les technologies de l’information avaient existé en 1960, est-ce là le modèle qu’on aurait mis en place ? » demande Thérèse Laferrière, professeure titulaire à l’Université Laval. À la lumière des retombées du Programme de formation intégrant les nouvelles approches pédagogiques et les technologies de l’information et des communications (PROTIC) de l’école secondaire Les Compagnons-de-Cartier, on peut en douter !
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Détentrice d’un doctorat en éducation de la Boston University, Thérèse Laferrière est professeure titulaire au Département des études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval. Depuis janvier 2010, elle agit aussi comme directrice du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES). Cette chercheuse associée au CEFRIO a notamment codirigé le volet recherche du projet « École éloignée en réseau ». |
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Directeur adjoint intérimaire du Programme PROTIC à l’école secondaire Les Compagnons-de-Cartier de Québec, Martin Bélanger y enseigne aussi le français et les sciences humaines. |
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Détentrice d’un doctorat en éducation de la Boston University, Thérèse Laferrière est professeure titulaire au Département des études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval. Depuis janvier 2010, elle agit aussi comme directrice du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES). Cette chercheuse associée au CEFRIO a notamment codirigé le volet recherche du projet «École éloignée en réseau».
Directeur adjoint intérimaire du Programme PROTIC à l’école secondaire Les Compagnons-de-Cartier de Québec, Martin Bélanger y enseigne aussi le français et les sciences humaines.
«Au Québec comme ailleurs, motiver les élèves constitue un défi de taille, souligne Thérèse Laferrière. Au fur et à mesure que les jeunes avancent dans leurs études primaires et secondaires, ils perdent de la motivation, ce qui affecte évidemment les taux de réussite. Des taux qui sont d’ailleurs préoccupants. Dans les années 1990, on voulait que 85% des élèves du secondaire obtiennent leur diplôme, mais on se maintient à peine au-dessus de la barre des 70% en ce moment.»
Heureusement, le recours aux technologies de l’information (TI) et à de nouvelles approches pédagogiques pourrait aider le Québec à corriger cette situation. En effet, «si Internet et des applications Web semblables à celles dont on dispose aujourd’hui avaient existé il y a 50 ans, on aurait moins senti le besoin d’appliquer le modèle industriel au secteur de l’enseignement, poursuit Thérèse Laferrière. Si on enrichissait l’environnement d’apprentissage des étudiants par des pédagogies plus actives et des TI, on obtiendrait un meilleur engagement de la part des élèves, et on ferait en sorte qu’ils se penchent assez longtemps sur les problèmes qu’on leur soumet pour acquérir les connaissances dont ils ont besoin».
Les résultats remarquables obtenus par l’école secondaire Les Compagnons-de-Cartier dans le cadre du programme PROTIC témoignent éloquemment du potentiel des technologies de l’information dans le monde de l’enseignement secondaire.
PROTIC: un programme innovateur
«Le programme PROTIC a été créé dans la foulée des États généraux sur l’éducation de 1995, précise Martin Bélanger, après que la Commission scolaire des Découvreurs a demandé aux Compagnons-de-Cartier de donner suite à une demande des parents. Ces derniers souhaitaient que l’intégration des TI en classe soit considérée comme une priorité.»
Le programme a vu le jour en 1997. «C’était alors la première fois que dans le secteur public, chacun des élèves d’une classe était muni d’un portable», précise le directeur adjoint intérimaire de PROTIC. Mais il s’agissait surtout de l’une des premières tentatives faites au Québec de placer l’ordinateur au cœur d’une révision en profondeur des pratiques d’enseignement en vigueur au secondaire.
«Dès le départ, ajoute Martin Bélanger, les enseignants qui avaient volontairement décidé de prendre part à la mise au point de PROTIC et les personnes qui soutenaient ce projet, comme la professeure Laferrière, se sont rendu compte que seule l’adoption de certains changements permettrait de faire des TI un véritable levier éducatif plutôt qu’un moyen de distraction futile.»
Ce constat les a d’abord amenés à instaurer une approche pédagogique en vertu de laquelle l’acquisition de nouveaux savoirs et savoir-faire par les élèves repose principalement –mais non exclusivement– sur la réalisation collective de projets à l’aide des TI.
À titre d’exemple, les jeunes de troisième secondaire apprennent à maîtriser les mathématiques en faisant des exercices avec un cahier et un crayon, mais aussi en appliquant concrètement leurs connaissances lors d’un concours qui prévoit la construction de ponts miniatures, explique Martin Bélanger. «En se servant de logiciels de simulation et de conception assistée par ordinateur, les élèves reviennent sur les notions qu’ils ont vues –résistance, mesure des angles et ainsi de suite– et bâtissent des ponts capables de supporter des haltères pesant plusieurs dizaines de kilos. Les gagnants sont ceux qui bâtissent le pont qui met le plus de temps à s’écroule !»
Par ailleurs, les élèves peuvent aussi appliquer les connaissances qu’ils ont acquises en français et en histoire en collaborant à la production de documentaires audiovisuels qui sont ensuite déposés sur YouTube.
Pour rendre cette approche possible, les créateurs de PROTIC ont mis fin au cloisonnement étanche des matières. «J’enseigne à la fois le français et les sciences humaines, souligne Martin Bélanger, et mes collègues professeurs de maths enseignent aussi les sciences. Les horaires sont souples ; je suis maître de mon horaire, ce qui me permet, par exemple, d’enseigner la géographie pendant 12 périodes consécutives ou encore, d’aborder la notion de complément de phrase pendant un cours d’histoire si je juge que cela sera utile à mes élèves.»
D’autres aspects de l’organisation scolaire distinguent PROTIC des programmes conventionnels et jouent, selon Martin Bélanger, un rôle majeur dans le développement des compétences, de la culture technologique, de la confiance en soi, de l’esprit d’équipe et du sens des responsabilités des élèves. «Par exemple, dans les classes, les élèves sont placés les uns face aux autres plutôt qu’alignés en rangs d’oignons devant l’enseignant. C’est ce dernier qui change de salle de classe, pas les élèves. Et tous les professeurs qui participent au programme se sont portés volontaires. On ne savait pas à quel point ces changements seraient déterminants pour le succès des élèves, mais ils le sont.»
Une approche qui fonctionne
Les données montrent clairement que l’approche du programme PROTIC rapporte. Ainsi, une étude publiée en 2007 par Thérèse Laferrière et deux de ses collègues montre qu’au cours de la période examinée, le taux d’admission au Cégep de Sainte-Foy des élèves issus de ce programme était plus élevé de 26% que le taux d’admission global. De plus, de 2002 à 2004, les 72 diplômés de PROTIC inscrits dans cet établissement collégial ont obtenu des résultats scolaires moyens de 74,3%, comparativement à 69,1% pour l’ensemble des étudiants1.
Une nouvelle étude publiée récemment par une équipe de chercheurs de l’Université Laval montre en outre que « la motivation et les attitudes des élèves ayant connu [le] contexte d’apprentissage [de PROTIC] sont plus positives que celles des élèves des autres conditions [examinées]2», c’est-à-dire ceux qui prennent part à des programmes où les TI ne sont pas intégrées dans l’enseignement ou ceux qui sont inscrits dans des programmes où les TI sont présentes, mais où l’apprentissage ne se fait pas par projet.
On peut faire ce constat notamment dans le cas des garçons, qui constituent 75% de l’effectif de quelque 400 élèves inscrits au programme PROTIC. «L’école secondaire conventionnelle semble moins bien convenir aux garçons qu’aux filles, note Thérèse Laferrière. Elle exige sans doute que les garçons se tiennent un peu trop tranquilles. On comprend alors que dans un programme comme PROTIC, où tout le monde bouge, où tout se déroule un peu comme en milieu de travail et où les élèves interagissent les uns avec les autres pour apprendre, des garçons qui semblaient parfois peu intéressés par l’école et qui risquaient de décrocher manifestent soudainement un vif intérêt pour les études3.»
Un programme reproductible?
Il semble donc qu’il serait intéressant d’instaurer d’autres programmes comme PROTIC ailleurs au Québec. Après tout, comme le souligne Thérèse Laferrière, «le monde du travail se métamorphose ; de plus en plus, nous devons miser sur la matière grise des Québécois, sur leur capacité à coopérer les uns avec les autres pour développer une intelligence collective. Cela devrait se refléter de meilleure façon à l’école secondaire, et les technologies de l’information nous donnent une occasion unique d’effectuer le virage qui s’impose».
Quels éléments le Québec devrait-il rassembler pour élargir l’adoption d’un programme similaire à PROTIC qui serait axé sur l’utilisation des TI et sur la mise en œuvre d’une approche pédagogique par projet?
Pour mener cette opération, il faudra évidemment recourir aux services d’enseignants qui sont à l’aise avec les technologies et avec l’utilisation de nouvelles stratégies d’enseignement. Heureusement, leur nombre s’accroît progressivement. Par exemple, l’Université Laval envoie une bonne partie des enseignants qu’elle forme faire un stage à l’école Les Compagnons-de-Cartier, où ils peuvent entre autres se familiariser avec les innovations de toutes sortes introduites dans le programme PROTIC. «Ce programme de formation fonctionne comme une école à l’intérieur d’une école », fait remarquer Thérèse Laferrière.
Les écoles qui adopteront ce programme devront aussi tenir compte du fait que l’introduction des technologies de l’information à l’école ne peut fonctionner qu’à condition que « la pédagogie soit pensée en fonction de leur potentiel plutôt que simplement accolée aux méthodes traditionnelles, soutient Martin Bélanger. Si on demande essentiellement aux élèves de se servir du portable comme s’il s’agissait d’un crayon à 2 000 dollars, les résultats risquent d’être décevants ».
Évidemment, la transformation des salles de classe québécoises à l’aide des TI et d’innovations pédagogiques destinées à en tirer le meilleur dépendra aussi de certains ajustements qu’on apportera à l’organisation du travail des enseignants et au fonctionnement du milieu scolaire. Par exemple, « PROTIC repose sur des idées qui sont toujours venues de la base, note Martin Bélanger. Si les enseignants qui participent à ce programme n’y avaient pas adhéré volontairement, si la direction de l’école ne leur avait pas donné toute la flexibilité dont ils avaient besoin, ce programme aurait échoué.
« Je présente souvent PROTIC en disant que ce programme représentait “la réforme avant la réforme”, ou plutôt qu’il s’agit d’un élément efficace de la réforme que le ministère de l’Éducation a entreprise », conclut Martin Bélanger. Le Québec n’a évidemment pas pu mettre ce modèle prometteur en place lors de la Révolution tranquille, faute d’avoir accès aux outils requis. Saura-t-il le faire au cours des prochaines années ?
Notes:
1-Données tirées de Bélanger, Martin, s.d., Résumé du Rapport sur la réussite au Cégep de Sainte-Foy des diplômés du programme PROTIC offert par l’école Les Compagnons-de-Cartier, Québec, document consulté à l’adresse http://www.protic.net/info/30.
2- Huot, Diane et autres (2009), Les technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’école secondaire, Québec, Presses de l’Université Laval, p. 174.
3-« Ce qui amène les garçons dans le programme PROTIC, c’est surtout l’attrait de la machine, estime Martin Bélanger. Ensuite, ils sont séduits par l’idée de travailler sur des projets, puis par celle de travailler en équipe. De leur côté, les filles s’inscrivent d’abord dans ce programme parce qu’elles veulent travailler en équipe sur des projets. L’ordinateur est seulement le troisième facteur qui les amène chez nous. »





21 juillet 2010 à 7:56
On ne peut plus intéressant!
Dans la bibliothèque municipale où je travaille, nous essayons de définir une nouvelle offre de service que nous appelons pour le moment projet “Planète jeunesse”.
Muni de postes ordinolingues, cet espace sera réservé aux jeunes de 11 ans maximum. Il nous servira à offrir de la formation aux élèves (et parents) sur les TI qui les prépareront pour leur entrée au secondaire et leur seront uliles toute leur vie, pensons-nous.
Je vois maintenant que d’autres retombées sont à prévoir, telle la persévérence et la performance scolaire.
N’hésitez pas à communiquer avec moi pour transmettre vos idées et réflexions.
Bravo!
27 août 2010 à 7:57
Une lecture très intéressante!
Les données présentées me laissent cependant perplexe car j’y vois une grande source de biais. Pour valider quantitativement ce programme, il aurait fallu en comparer les élèves à d’autres ayant passé à travers des tests d’admission semblables(PEI, écoles privées, etc), et non à la moyenne québécoise.