Le CEFRIO observe le développement de plusieurs initiatives porteuses d’usages des TI sur le territoire québécois. Outre le déploiement et l’appropriation plus ou moins rapide d’Internet haute vitesse dans les différentes régions, diverses initiatives en soutien au processus démocratique, en apport aux pratiques de travail et en enseignement émergent ici et là. Comment tirer profit des expériences ? Les partager afin que les régions qui désirent s’en inspirer puissent le faire ? Face à diverses problématiques telles que le manque de main-d’œuvre qualifiée, le vieillissement de la population et l’exode des jeunes, le commerce mondial et la prestation de services de proximité, est-ce que les TIC pourraient contribuer à l’amélioration des services et au développement durable des territoires ?
Proactive, la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine a pris l’initiative de brancher son territoire grâce à la fibre optique et à d’autres technologies avec le Réseau collectif de communications électroniques et d’outils de gestion Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. La région s’est notamment donné comme défi de brancher tous les villages avant juillet 2010. Les démarches de pratiques innovantes sur le territoire ont débuté dès 2006. Fort de cette démarche, le CLD de Bonaventure sait en tirer profit. En ce sens, l’apport des technologies de l’information dans les processus de décision et auprès de la collectivité de Bonaventure prend tout son sens par le lancement récent d’un blogue et d’une dizaine d’ateliers ouverts aux citoyens. Chacun des ateliers est animé par un intervenant reconnu dans son secteur d’expertise et sa région. Les citoyens sont ainsi invités à participer au développement du Plan d’Action Local pour l’Économie et l’Emploi (PALÉE).
De l’autre côté du Québec, la région de l’Abitibi-Témiscamingue a reçu l’aval du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT) et des fonds pour la mise en place d’un Laboratoire rural sur les nouvelles technologies d’information et des communications. La Société de développement du Témiscamingue travaille actuellement à son plan d’action.
Par ses projets d’enquête et de recherche-expérimentation, le CEFRIO a aussi pu contribuer à quelques initiatives favorisant l’usage des TI pour l’amélioration des pratiques professionnelles et le réseautage d’institutions. Les projets École éloignée en réseau, le BCT Project 1 et Cégeps en réseau illustrent ces apports en formation initiale et technique. Dans le premier cas, pour éviter la fermeture d’une centaine d’écoles primaires, dans le second pour bâtir une communauté de pratiques professionnelles chez les enseignants du primaire, et dans le troisième, pour dynamiser les pratiques d’enseignement touchant 11 collèges. L’implantation d’un bureau virtuel pour les experts québécois du monde agricole et agroalimentaire constitue un autre exemple d’optimisation des pratiques professionnelles.
Même si le défi réside encore trop souvent aujourd’hui dans l’amélioration de la performance, de l’accès, de la fiabilité et de la sécurité des réseaux, pourrait-on, dès maintenant, intégrer l’esprit d’Internet en s’appropriant à la fois l’outil et le processus dans les façons de penser et de faire ? La prise en charge des processus d’innovation par les communautés rurales pourrait elle s’effectuer par le réseautage des forces vives des territoires incluant le secteur de la recherche et de l’innovation ?
Laura Garcia Vitoria, directrice de la Fondation territoires de demain, mentionne, à cet égard, que « le territoire de demain sera fondé sur le savoir de ses habitants et leurs compétences. » Elle ajoute qu’il importera « de créer des communautés de connaissances et d’innovation car ce sont les liens entre savoirs qui seront porteurs de valeur ajoutée plutôt que les savoirs eux-mêmes. »
L’Europe offre quelques exemples probants d’organisations et de mise en réseau de territoires de connaissances. Notons les Interconnectés, une association indépendante constituée en bonne partie d’élus. Elle a pour objectif de favoriser la diffusion des usages innovants sur le territoire, d’échanger de bonnes pratiques, de mobiliser des technologies fiables et innovantes, et d’apporter l’éclairage des experts nationaux et internationaux.
Quant à elle, la Fondation Internet Nouvelle Génération repère, stimule et valorise l’innovation dans les services et les usages du numérique. Cette fondation associe une grande diversité de membres tels que des grandes entreprises, des « startups », des laboratoires de recherche, des universités, des collectivités territoriales, des administrations, des associations à ses travaux. Les travaux de la fondation s’orientent selon trois axes, la veille et la prospective, les programmes d’action et l’innovation ouverte 2.
Finalement, un précédent article en faisait état, les Living Labs (Laboratoroires vivants), ces derniers œuvrant soit de façon territoriale ou sectorielle, ou les deux, mais toujours en mode innovation (et inter connectivité) au service des communautés.
Le Québec pourrait avantageusement s’inspirer de ces réseaux et favoriser l’universalité et l’ouverture à l’innovation, d’où qu’elle vienne, la mise en réseaux des humains et des sujets. Car, finalement, est-ce de nouveaux lieux physiques qui sont nécessaires ou encore de nouveaux aménagements de vie ? Notons quelques exemples : l’usage de la télémédecine, de la télésurveillance pour le maintien à domicile, le télétravail, le géo référencement d’un territoire, le bris de l’isolement et la découverte des nouvelles technologies.
Au-delà de l’apport technologique, il importe de repenser les façons de faire, d’organiser, d’échanger : de décloisonner le territoire et de valoriser les forces vives du même coup. Il s’agit, en bref, de développer une véritable culture du numérique de façon à ce qu’elle puisse être intégrée aux autres chantiers.
À la veille d’une politique entrepreneuriale valorisant la création de richesses et d’entreprises en région par le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation et du dépôt d’un plan concerté d’occupation du territoire au printemps, par le MAMROT, le CEFRIO rêve de stratégies numériques territoriales, de développement numérique structuré. Est-il possible de visualiser l’avenir des régions dans 20 ou 30 ans et de concilier les trois piliers du développement durable : le progrès économique, la justice sociale, et la préservation de l’environnement ?
À l’instar de Solidarité rurale du Québec, le CEFRIO voit l’implantation et l’appropriation des TI comme catalyseurs pour nous aider à mieux habiter, développer, desservir et s’approprier le territoire.