La gestion des connaissances : un remède approprié au secteur de la santé ?

 

En octobre 2009, l’Institut national de santé publique du Québec a lancé une publication intitulée Animer un processus de transfert des connaissances, bilan des connaissances et outil d’animation. L’Institut répondait ainsi à une demande du ministère de la Santé et des Services sociaux visant à valoriser les résultats de la recherche en santé publique pour mieux soutenir les différents acteurs du réseau. Bien que le document ait été réalisé à l’intention du secteur de la santé, il présente des solutions qui peuvent intéresser un public beaucoup plus vaste.

Les auteures1 ’intéressent d’abord à la nature particulière des connaissances dans le secteur de la santé publique et distinguent les trois catégories suivantes :

1. Les connaissances issues de la recherche, lesquelles se concrétisent par exemple dans des rapports de recherche ou des articles scientifiques ;
2. Les connaissances issues des savoirs tacites, lesquelles réfèrent au « savoir-faire » de praticiens, de chercheurs ou de professionnels et exigent d’être formalisées et intégrées dans divers produits ;
3. Les connaissances issues des données analysées, lesquelles peuvent être de diverses natures (données sur l’état de santé de la population, données sur l’utilisation des services, indicateurs de gestion, etc.).

La démarche adoptée a également permis de mettre en lumière les différentes approches privilégiées, dans le secteur de la santé, pour assurer le transfert des connaissances, soit :

1. L’approche linéaire ou unidirectionnelle, laquelle correspond à la communication par les chercheurs des résultats de leurs recherches ;
2. L’approche de résolution de problèmes, laquelle met en présence différentes ressources à la recherche d’une solution à un problème concret ;
3. Les approches interactives, lesquelles s’appuient sur des échanges entre les producteurs de connaissances et les utilisateurs potentiels.

Les auteures s’intéressent plus particulièrement aux approches interactives parce que ce sont elles qui contribuent à réduire l’écart entre le monde de la recherche et celui de la pratique, et ce, du fait qu’elles intègrent les connaissances des spécialistes et le « savoir expérientiel » des utilisateurs, ces derniers devenant alors des coproducteurs de la connaissance. Elles soutiennent également que « les nouvelles approches en transfert des connaissances conçoivent de plus en plus le transfert des connaissances comme un processus continu impliquant des interactions plus ou moins fréquentes entre plusieurs groupes d’acteurs œuvrant dans des contextes sociopolitiques et des environnements organisationnels spécifiques et jouant tour à tour un rôle dans la production, le relais et l’utilisation des connaissances ».

Quant au transfert proprement dit des connaissances, il pourrait, de l’avis des auteures, se décliner en sept étapes :

1. La production des connaissances ;
2. L’adaptation de façon à rendre les connaissances accessibles à divers publics ;
3. La diffusion sous forme de différents produits ;
4. La réception (soit la capacité et l’intérêt des utilisateurs potentiels pour ces connaissances) ;
5. L’adoption des connaissances par les utilisateurs potentiels,
6. L’appropriation (soit l’intégration dans le bagage de connaissances des utilisateurs) ;
7. L’utilisation des connaissances, laquelle pourrait être conceptuelle, instrumentale, symbolique et processuelle.

Au-delà des concepts évoqués, les auteures se préoccupent des stratégies de transfert des connaissances. Ainsi, il faudrait tenir compte non seulement du type de connaissances à transférer (résultats de recherches, consensus d’experts, etc.) et des objectifs à atteindre (soutien à la décision, changement d’une pratique professionnelle, etc.), mais aussi des facteurs qui vont favoriser l’utilisation de ces connaissances par les différents publics cibles (praticiens, gestionnaires, usagers, etc.).

Les auteures concluent qu’un des défis majeur du transfert des connaissances est de « s’introduire efficacement à l’intérieur des processus de réflexion et d’action afin de transmettre les bonnes connaissances dans le bon format, aux bonnes personnes et au bon moment ». Elles proposent d’ailleurs un outil conçu pour soutenir les responsables du transfert des connaissances ainsi qu’un aide-mémoire résumant l’ensemble du processus.

1Les auteures sont mesdames Nicole Lemire, M.A., agente de planification, de programmation et de recherche, Karine Souffez, M. Sc., agente de planification, de programmation et de recherche et Marie Claire Laurendeau, Ph. D., coordonnatrice à la recherche et à l’innovation, toutes trois de l’Institut national de santé publique du Québec.

6 commentaires pour “La gestion des connaissances : un remède approprié au secteur de la santé ?”

  1. Caroline Gagnon dit :

    Bonjour,

    Je suis très intéressée par votre billet!

    J’aimerais avoir plus de détails sur les approches interactives dont vous parlez. S’agit-il entre autres d’utiliser les outils web 2.0 tels que le blogs, le wiki, le micro-blogging et cie, pour le partage ?

    Merci pour l’info

  2. Annie Lavoie dit :

    Bonjour Mme Gagnon

    Je transmet votre demande à Mireille Lacasse. Elle sera disponible la semaine prochaine pour donner suite à votre commentaire. Je vous remercie de l’intérêt que vous portez au CEFRIO.

    Bonne journée.

    Annie Lavoie
    Conseillère en communication - CEFRIO

  3. Dr Joel Muzard dit :

    Bonjour,

    Je considere le sujet tres important. Merci de soulever cette question.
    Article tres interessant.

    Les professionnels de la Santé utilisent des connaissances et produisent des connaissances dans leur travail de soins aux personnes.
    Tout ce qu’il est possible de faire pour ameliorer la production et la circulation des connaissances sera tres positif pour ameliorer la santé des personnes au Québec, a mon avis.
    Petre Drucker a dejà mentionné que la responsabilité du gestionnaire est de faire circuler les connaissances de son équipe.

    L’utilisation des nouvelles technologies Web 2.0 facilite cette circulation des idées, informations et connaissances. De nouvelles approches se developpent avec de nouveaux outils de collaboration Web 2.0 pour la circulation des connaissances.

    Nous proposons des laboratoires pour experimenter ces nouvelles technologies et faciliter la circulation des idées, informations et connaissances, pour augmenter l’efficacité et l’efficience des groupes de travail et la collaboration.

    Il y a beaucoup à faire pour faciliter ces processus.

    Bonne journée

    Dr Joel Muzard
    Atelier d’intelligence Appliquée
    http://www.a-i-a.com/formation

  4. Mireille Lacasse dit :

    Je vous incite à consulter l\’ouvrage cité pour en découvrir davantage sur les approches interactives dont il est question. Vous le trouverez à l\’adresse suivante: http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1012_AnimerTransfertConn_Bilan.pdf

    Les auteures s\’intéressent toutefois plus aux interactions entre individus (chercheurs, utilisateurs) ou entre les groupes. Elles ne font pas référence aux outils technologiques qui pourraient soutenir de tels échanges.

    Par contre, le sujet qui vous intéresse a déjà été traité dans notre blogue: http://blogue.cefrio.qc.ca/2009/03/la-gestion-des-connaissances-en-mutation/
    Il fait précisément référence à une publication spécifique sur le sujet.

    J\’espère que ces informations vous seront utiles.

  5. Geneviève Héroux dit :

    Je tiens à souligner l’importance que les auteurs donnent à la rédaction d’un plan de communication. Une approche qui permet d’associer les services de communication interne et externe au projet de transmission de la connaissance et de proposer à la direction de l’organisation une démarche qui leur est familière.

  6. Luc carpentier dit :

    Ben voyons donc ! Il n’y a pas des institutions qui s’appellent l’école, ou les Universités, qui choisissent les connaissances pertinentes et les transmettent a ceux qui veulent bien se les inculquer. N’y a-t-il pas des associations dont un des roles est de tenir a jour ses membres ? Vous inventez des choses qui existent déjà

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