Regard sur la formation de base dans les entreprises manufacturières sur l’Île de Montréal
Plusieurs constats ont été faits au Québec relativement au problème de la formation dans les PME industrielles et plus précisément sur les compétences de base qui s’avèrent de plus en plus requises dans l’exercice quotidien du travail de production. Les instruments de travail font de plus en plus appel à des commandes numériques et l’écrit ainsi qu’une compréhension de base en mathématiques sont désormais requis.
Par ailleurs, à Montréal, le bassin de main-d’œuvre provient de toutes les communautés culturelles et linguistiques, ce qui soulève ainsi la question de l’alphabétisation et/ou des capacités à travailler en français ou en anglais.
Un projet pour le travailleur et pour l’entreprise
C’est dans ce contexte que la Conférence régionale des élus de Montréal a sollicité le CEFRIO pour examiner de nouvelles avenues pouvant favoriser la formation de base en entreprise. L’approche retenue met à contribution l’ordinateur comme instrument d’apprentissage et d’alphabétisation en matière de formation de base. Il s’agit ainsi d’intégrer dans le matériel des formateurs en entreprise des stratégies nouvelles où le travailleur doit utiliser un ordinateur. Il ne s’agit pas d’auto-formation en ligne (e-learning), mais d’une approche de groupe en entreprise, où chacun dispose d’un ordinateur.
Le CEFRIO fait l’hypothèse qu’une telle approche pourrait assurer à l’entreprise des avantages non négligeables sur le plan des compétences des travailleurs (dont une maîtrise plus grande de l’ordinateur), tout en faisant l’expérience d’une plus grande flexibilité dans l’organisation de la formation. Comme ce fut le cas dans d’autres milieux de travail, une telle démarche de développement de compétences de base conduit aussi à une hausse de la productivité des travailleurs, de meilleures pratiques de santé et sécurité au travail, une fidélisation accrue des travailleurs, une intégration plus réussie des immigrants, et une plus grande réceptivité des travailleurs face aux changements dans l’entreprise.
Le projet d’une durée de 15 à 18 mois vise à expérimenter avec des prestataires de formation en entreprise (commissions scolaires, organisme spécialisé en formation de base) et leur équipe d’enseignants une telle approche intégrant l’ordinateur.
Un partenariat auprès de la CPMT
De plus, la CRÉ et le CEFRIO sont appuyés par des partenaires issus du monde patronal et du monde syndical afin d’être porteurs de ce projet auprès de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), soit Les Manufacturiers et Exportateurs du Québec et la FTQ.
Accompagnement évaluatif du projet par des chercheurs de l’UQAM
Le but de cette recherche-action, sous la direction de Paul Bélanger, chercheur à l’UQAM, est de préciser, dans une perspective d’évaluation formative, les conditions de réalisation et de réussite de l’intégration des TIC dans la formation de base en milieu de travail, tout en retraçant les principales significations de cette innovation pour les différents acteurs concernés (entreprises, organismes, formateurs, participants). Afin de tenir compte de la réalité du terrain et de favoriser le réajustement des interventions au fur et à mesure de leur déroulement, trois séries de rencontres sont prévues.
Ces rencontres ont principalement pour objectif de retracer:
- Le contexte d’intégration des TIC dans l’entreprise ainsi que les conditions spécifiques de mise en oeuvre de la formation,
- les attentes quant à son impact sur le fonctionnement de l’entreprise,
- les différents facteurs permettant de rendre compte de la réussite de la formation.
Déroulement du projet jusqu’à ce jour
Une première phase de formation auprès de sept (7) formateurs impliqués dans le projet s’est déroulée en 2008. Celle-ci comprenait des échanges entre formateurs au sujet de leurs façons de faire et de leurs différentes approches pédagogiques. À partir de leur expérience et leur expertise, l’accompagnement du CEFRIO consistait à leur faire découvrir de nouvelles possibilités ou d’enrichir leurs activités pédagogiques actuelles avec la technologie. Le financement de ce projet a permis d’octroyer aux formateurs et aux participants de l’équipement informatique leur facilitant à la fois la transformation et la diffusion de leurs activités au sein de leur groupe. La compétence de base enseignée porte sur le français langue seconde, de tous niveaux (débutant, intermédiaire et avancé).
Dès l’automne 2008, quelques formateurs ont commencé à expérimenter de nouvelles activités ou nouvelles approches dans leur groupe respectif en entreprise.
Voici quelques exemples d’activités réalisées avec l’ordinateur :
- enregistrement audio et vidéo d’une activité d’expression orale en utilisant la webcam (se présenter) et ré-écoute avec autoévaluation;
- rédaction de différentes parties d’une lettre intégrant des éléments grammaticaux précis;
- association de mots et d’illustrations;
- écoute de la prononciation des lettres et des mots, enregistrement et rétroaction;
- visionnement des clips vidéo sur un thème propre à l’objectif de formation à couvrir (lorsqu’Internet est accessible).
Les groupes d’employés sont formés majoritairement de personnes issues de l’immigration. Le nombre des participants peut varier de 3 à 12 selon les niveaux et les entreprises. À ce stade du projet, les entreprises impliquées oeuvrent toutes dans le secteur du vêtement et du textile.
Les premiers constats recueillis auprès des formateurs et de leurs participants sont très encourageants et dénotent un réel engouement pour l’utilisation de la technologie, d’autant plus que la majorité des personnes n’ont jamais accès à un ordinateur au sein même de leur famille. Au-delà du simple apprentissage du français, l’ordinateur et l’Internet ouvrent une infinie de possibilités de découvertes vers le monde extérieur et leur permettent de renouer des liens avec leurs proches.
Les formateurs, de manière unanime, nous ont confié qu’ils voyaient déjà émerger plusieurs bénéfices pour leurs participants. Ils sont d’ordre linguistique, culturel autant qu’économique surtout dans un secteur où la précarité d’emploi est très ressentie. Quant à eux, la technologie leur apporte une diversité d’activités à proposer et facilite l’atteinte de certains objectifs tant en compréhension orale qu’écrite.
L’accompagnement évaluatif par les chercheurs continuera jusqu’à l’été. Au cours de l’automne, des résultats préliminaires viendront, sans aucun doute, appuyer les constats actuels.
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