Quand les TI influencent la démocratie…

Reprenant la fonction des places publiques à une certaine époque, Internet constitue un lieu ouvert où tous peuvent s’exprimer librement. Il a toutefois fallu attendre plus d’une décennie pour que l’usage des technologies de l’information dans la démocratie atteigne l’engouement connu lors de la dernière présidentielle américaine. Voyons comment cette campagne a créé un précédent dans le processus démocratique.

Une douce évolution 

La campagne présidentielle américaine de 2008 n’était pas la première à utiliser Internet. Aux États-Unis, le recours à ce média en vue des élections a débuté dès 1996, avec Clinton, Dole, Nader et Perot. Puis, Jesse Ventura (1998), John McCain (2000) et Howard Dean (2004), pour ne nommer que ceux-là, ont exploré cet outil pour recruter des électeurs et aller chercher plus de financement. Malgré cela, aujourd’hui, plus personne ne doute que, bien qu’il n’en soit pas le précurseur, Barack Obama est certainement celui qui a su en tirer le plus profit. En agissant sur tous les fronts en même temps, il a révolutionné la façon de faire de la politique grâce à Internet.

Dès le début de l’annonce de sa candidature, en janvier 2007, les citoyens devaient échanger leurs coordonnées contre un billet d’entrée aux rencontres partisanes. En parallèle, tous les médias ont été mis de la partie, que cela soit les outils du Web 2.0, les médias plus traditionnels (une publicité d’une demi-heure à heure de grande écoute à la télévision), les radios et les magazines étudiants en plus d’un panneau publicitaire dans un jeu vidéo, soit le jeu de course automobile Burnout Paradise de Xbox 360. Par la suite, les Américains ont bénéficié de plus d’un moyen de s’impliquer!

L’implication de tous

Malgré leur apport important au niveau local, la plupart des expériences de cyberdémocratie réalisées un peu partout dans le monde ont eu un succès mitigé dès qu’elles étaient déployées à plus grande échelle. La campagne présidentielle de 2008 a prouvé qu’en agissant sur plusieurs fronts et avec l’aide de la figure d’un leader, des millions de personnes pouvaient s’impliquer dans la politique, même les plus jeunes qui ont souvent constitué une clientèle difficile à rejoindre pour les élus. En plus de ses nombreuses publicités et de la présence pratiquement constante d’Obama et de son équipe sur le terrain, trois principales actions ont permis de mobiliser une communauté de plus de 2 millions de bénévoles et de militants.

Le Web 2.0 ou le besoin de s’exprimer
Grâce à une équipe d’experts provenant en grande partie des TI avec, entre autres, Eric Schmidt, patron de Google, et Chris Hugues, co-fondateur de Facebook, Obama a su tirer le maximum des outils du Web 2.0. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que 21M$ du financement provenait de cette industrie, contre seulement 5M$ pour McCain. D’abord, le site www.barackobama.com, lancé en février 2007, a bien su répondre à sa mission d’informer sur les principaux enjeux de la campagne tout en permettant aux citoyens de s’exprimer sur le blogue. Ceux qui visitaient le site étaient invités à s’impliquer et à convaincre d’autres électeurs selon leur champs d’intérêts puisque ceux-ci étaient répartis selon leur État de résidence, leur race, leur origine, leur groupe d’âge, leur sexe, leur profession ou encore leur conviction. Preuve de la popularité du site, à la fin d’octobre 2008, on comptabilisait 2,7 millions de liens vers celui-ci1.

D’autre part, la page Facebook d’Obama le présentait sous toutes ses facettes, mentionnant au passage ses passe-temps et ses préférences musicales et littéraires. On y sent la présence de l’homme bien plus que celle de toute la machine électorale. Sur les blogues et pour les messages laissés sur le mur, malgré la présence de certains modérateurs qui rejettent les propos trop haineux, tous peuvent s’exprimer, peu importe s’ils sont d’accord ou non avec le programme proposé. Ceux qui ont un message plus négatif sont invités à justifier leur point de vue pour alimenter le débat. Sans doute parce qu’ils avaient l’impression qu’ils pourraient vraiment faire entendre leur voix, 2, 461,000 personnes étaient inscrites au 4 novembre sur la page Facebook d’Obama et plus de 800,000 sur Myspace contre 626,000 et 211,000 pour John McCain. Et l’on ne parle pas des 92 millions de visites sur YouTube pour les vidéos de la campagne d’Obama2.

Le cellulaire ou l’art de mobiliser
Le président élu a aussi optimisé les fonctionnalités du cellulaire en misant sur une application iPhone. Les citoyens pouvaient envoyer le message texte HOPE pour être inscrits dans la base de données et recevoir des messages texte parfois signés Obama les informant de toute activité partisane et des heures et lieux de scrutin. Encore une fois, ce n’est pas l’outil, mais la façon d’en tirer le maximum de profit qui étonne puisque cette application avait été utilisée auparavant par le républicain Ron Paul. Mis ensemble, ce réseau alimenté par celui d’Internet, a permis d’organiser plus de 80 000 réunions de quartier pour réunir les partisans. D’ailleurs, le taux de participation aux élections s’est avéré le plus haut depuis 1960 avec 63,0 %.

La multiplication des fonds
Quoi de mieux pour se sentir impliqué que d’avoir contribué à financer quelque chose? Le site Internet d’Obama s’ouvrait ainsi sur une invitation à participer au financement de la campagne. Malgré ces temps de crise économique, plus de 3 millions de personnes ont fait un don inférieur à 200$ et 500M$ ont été amassés sur Internet pour un total de 600M$. Aucun autre candidat n’avait réussi cet exploit et, pour la première fois, les Démocrates bénéficiaient de fonds plus importants que les Républicains3.

Impacts sur les autres élections

L’élection d’Obama semble avoir marqué le monde entier et les attentes ne seront plus jamais les mêmes envers les politiciens. Au Royaume-Uni, le Parliamentary Information Technology Committee (PITCOM) a déposé sur son site un rapport expliquant pourquoi, en raison de leurs lois, les politiciens britanniques ne pourront que difficilement appliquer la méthode Obama pour réunir davantage de fonds pour leur parti. Le rapport ne dit toutefois pas que rien n’empêche les partis, lors des prochaines élections, d’être davantage à l’écoute des citoyens et de les mobiliser pour aller voter!

Au Québec et au Canada, malgré quelques tentatives d’utiliser les technologies du Web 2.0., aucune mobilisation d’envergure n’a été révélée et aucun parti n’a encore renfloué ses coffres grâce à Internet.

Alors qu’on croyait que le taux de participation aux élections chez les jeunes allait continuer de toujours décroître et le désabusement des citoyens envers la politique toujours augmenter, il semble qu’Internet puisse avoir un certain pouvoir pour renverser la tendance. Les partis politiques paraissent en effet avoir tout à gagner à s’approprier de façon intelligente certains des outils les plus populaires du Web, notamment auprès des plus jeunes électeurs. À noter en terminant que le CEFRIO mène justement le projet génération C qui étudie, entre autres, les attitudes et les comportements des 16-24 ans en tant que citoyens4.

Notes :

1 - VIRTUA (2008). Élections US 2008. John McCain vs Barack Obama sur le Web, Département Webmarketing Virtua, [en ligne]

2 - Ibidem.

3 - LEGALE, Eric (2008). « Obama, Président de la Génération Internet », dans Forum Mondial e-democratie, [en ligne]

4 - Les résultats de cette vaste étude seront présentés lors du prochain colloque international du CEFRIO qui se tiendra en octobre 2009. Pour en savoir davantage sur le projet ou sur le colloque, contactez Catherine Lamy, directrice de projet au CEFRIO.

Sources :

FELESKY, Leigh (2008). « Social media strategy: inside Obama’s online campaign », dans CBC news, 5 décembre, [en ligne]

FERLAND, Jean-François (2008). « La politique Web 2.0 - partie 2 : les blogues, les réseaux sociaux et le vote stratégique », dans Direction informatique, 10 octobre, [en ligne]

LEGALE, Eric (2008). « Obama, Président de la Génération Internet », dans Forum Mondial e-democratie, [en ligne]

LEGALE, Eric (2008). « Obama, un Président technophile », dans Forum Mondial e-democratie, [en ligne]

MARKS, Aaron (2008). « Obama for President Wasn’t a Campaign, It Was a Business », dans The NextRight, [en ligne]

PITCOMMS (2008). The ultimate political machine?, Parliamentary Information Technology Committee, [en ligne]

SHANKLAND, Stephen (2008). « Obama releases iPhone recruiting, campaign tool », dans cnet news, [en ligne]

TERHUNE, Lea (2008). « Internet Revolutionizes Campaign Fundraising », dans America.gov, [en ligne]

 

VARGAS, Jose Antonio (2008). « With the Internet Comes a New Political ‘Clickocracy’», dans Washington Post, 1er avril, [en ligne]

VIRTUA (2008). Élections US 2008. John McCain vs Barack Obama sur le Web, Département Webmarketing Virtua, [en ligne], 

www.barackobama.com, [site Web]

www.change.gov, [site Web]

 

 

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