Archives pour avril 2008

Sur le Web, n’importe qui peut devenir prof

23 avril 2008 par Réjean Roy

Avec une caméra, un logiciel de montage et un accès Internet haute vitesse ou graveur de DVD, n’importe qui, de nos jours, peut se transformer en réalisateur de films, déclarait voilà déjà quelques années Gus Van Sant, le réalisateur de Good Will Hunting et d’Elephant (« No more excuses, or filmmakers’ block, or procrastination. Either [you] start shooting, or [you] are waiting for the vanity crew, or [you] aren’t filmmakers »).

Dans une veine similaire, le New York Times rapporte aujourd’hui qu’il n’a jamais été aussi facile à Joe Bloe de suivre les traces de Jane Fonda (voir la note ci-dessous), de produire ses propres vidéos ou clips pratiques et de les diffuser sur YouTube ou ailleurs.

Certains internautes retirent d’ailleurs un profit intéressant de cette activité. Par exemple, Kip Kedersha, un Américain de 50 ans, a reçu plus de 100 000 $, l’an dernier, de Metacafe, un site de diffusion de vidéos qui partage ses revenus avec les créateurs de contenu. Quelques-unes des 90 oeuvres de Kip (dont la durée moyenne est d’une minute) ? Comment transformer une lampe de poche en pointeur laser ? Comment rafraîchir en seulement deux minutes une canette de boisson gazeuse qu’on a oublié de mettre au frigo (ça marche; testé hier soir avec un Coke trop chaud) ? et Comment redonner la vie à une vieille pile de portable ?

Certains promoteurs cherchent évidemment à exploiter la tendance How-To. Ainsi, des entreprises comme ExpertVillage.com et Howcast.com ont commencé à produire des clips pratiques à la chaîne.

Quant à moi, je devrais bientôt produire mon premier clip : Comment faire le smoothie à l’avocat parfait ? Je vois déjà l’argent pleuvoir…

(Pour les 35 ans et moins, Jane Fonda a fait un tabac, au début des années 1980, avec un vidéo d’exercice intitulé Workout. Ma mère l’avait. Mes tantes l’avaient. L’industrie du vidéo pratique est pratiquement née à ce moment.)

De nouveaux paradigmes pour un développement régional durable

4 avril 2008 par Sophie Poudrier

Nos sociétés doivent s’adapter continuellement à l’évolution économique, sociale, environnementale et technologique. Ce n’est pas nouveau, les tendances émergentes bouleversent les façons de travailler et de vivre. Elles remettent en cause les structures établies. Au colloque international Villes, régions et territoires innovants, les conférenciers Nicola Crosta, directeur du programme de développement régional, Direction de la gouvernance publique et du développement territorial à l’OCDE, ainsi que Randall Kempner, vice-président à l’innovation régionale au Council on Competitiveness, ont abordé la problématique du développement régional sous un angle international. Quels sont les impératifs mondiaux actuels qui ont un effet sur le développement régional ? Qu’en est-il des solutions aux difficultés sociales et économiques des régions ? Lesquelles privilégier ? Les constats et les expériences menées ailleurs dans le monde demeurent une source d’inspiration lorsqu’il s’agit d’élaborer des projets innovateurs et structurants.

Le développement régional, un enjeu mondial

En dépit des particularités régionales et nationales, les nouveaux paradigmes régionaux définis par les pays membres de l’OCDE valent aussi pour le Québec. Lors de sa présentation intitulée « Regions and globalisation : the new regional paradigm », Nicola Crosta a relevé cinq tendances majeures qui influent sur le développement régional. En voici un aperçu :

Des mesures ayant un caractère global et constituant des défis locaux : La globalisation des marchés met les régions en compétition, au même titre que les entreprises. Les réformes qui sont destinées aux régions sont élaborées à un niveau supranational. De leur côté, les régions doivent se les approprier et les mettre en place. Toutefois, la compréhension et la prise en compte, par les organismes d’État, des conséquences des décisions globales sur les milieux locaux sont souvent limitées.
La transmission des pouvoirs nationaux au niveau régional : Ce déplacement des responsabilités correspond à un élargissement du rôle des autorités locales. Cet élargissement ne coïncide pas nécessairement avec un transfert des ressources financières et cette situation soumet les gestionnaires régionaux à de nouveaux défis.
Les nouvelles tendances migratoires : Depuis plusieurs décennies, on observe le déplacement des populations rurales vers les milieux urbains. Ainsi, les administrations régionales doivent gérer à la fois des villes populeuses et de larges territoires à faible densité de population. Au cours des dernières années, on a vu des populations urbaines se déplacer vers les zones rurales. Cette tendance présente de véritables possibilités pour le développement des régions.
La mobilité des personnes augmente : Les individus sont prêts à parcourir une distance de plus en plus longue pour exercer leurs activités quotidiennes (travail, école, épicerie). Ce comportement est un changement important pour les régions situées à proximité des centres urbains.
Le changement du profil économique des villes et des régions : On compte moins d’emplois dans les secteurs agricole et manufacturier et davantage dans l’économie du savoir. Cela ne signifie pas nécessairement que les villes soient devenues l’unique moteur économique, l’endroit où l’on trouve la meilleure qualité de vie. Selon Nicola Crosta, les villes ne gagneront pas nécessairement la bataille du développement économique aux dépens des régions. Par exemple, à partir d’une certaine taille, les villes se trouvent aux prises avec de nombreux problèmes (pollution, insécurité, chômage, congestion) et les économies d’agglomération deviennent moins intéressantes. D’ailleurs, la crise alimentaire mondiale qui pointe conduit à une revalorisation des zones rurales et de l’exploitation des territoires agricoles.
Ces tendances mondiales affectent sérieusement la dynamique régionale. Comment doivent réagir les milieux régionaux et les autorités gouvernementales face à ces changements complexes ? Quelles mesures doit-on privilégier pour favoriser un développement régional durable ?

Des actions à l’échelle locale

Les propos tenus par le conférencier Randall Kempner mettent en lumière quelques pistes d‘intervention pour soutenir le développement régional dans le contexte mondial actuel. Intitulée « Turning regions into creative centers », sa conférence portait principalement sur les acteurs locaux et sur l’importance de leurs actions. De l’avis de Kempner, l’une des avenues les plus prometteuses pour le développement économique des régions est de miser sur la prospérité, c’est-à-dire d’offrir une grande qualité de vie aux citoyens.

Ainsi, Kempner insiste sur l’importance pour une communauté de posséder une main-d’œuvre de qualité. Selon lui, contrairement au discours habituel qui met l’accent sur les effets positifs que peut avoir une grande entreprise sur la santé économique d’une région, il est plus rentable d’investir dans la création de nouveaux talents. La présence d’une main-d’œuvre qualifiée attire davantage d’entreprises, celles-ci préférant s’implanter là où les ressources humaines compétentes sont disponibles. Ce changement de paradigme place la communauté dans une position de force, car ce sont les entreprises elles-mêmes qui la sollicitent pour s’y installer, plutôt que l’inverse. « Soyez des jardiniers économiques et faites croître de nouveaux talents », lance le vice-président à l’innovation régionale au Council on Competitiveness. En quoi cela consiste-il ?

D’une part, il importe d’assurer un enseignement primaire et secondaire de qualité dans la communauté. Cette formation de base permet de préparer les jeunes à répondre aux exigences de la société du savoir. De plus, ceux qui demeureront dans leur région d’origine posséderont une formation de qualité qui sera bénéfique pour le développement de la communauté. D’autre part, sans faire une guerre ouverte aux autres régions pour s’arracher les étudiants et les diplômés, il s’avère primordial d’inciter les étudiants talentueux à s’implanter dans la communauté. Pour y arriver, l’offre de stages ainsi que les activités sportives et artistiques sont des moyens efficaces de favoriser l’enracinement des jeunes. Le fait que les jeunes partent étudier ailleurs n’est pas une mauvaise chose, mais comment s’assurer qu’ils reviendront dans leur communauté une fois leurs études terminées ? Leur retour tient principalement à leur sentiment d’appartenance à cette communauté. À ce propos, certains établissements d’enseignement américains ont réalisé des projets au sein du campus ayant pour objet la création de liens entre les étudiants et la communauté (Campus 360 d’Iowa et Campus Philly de Philadelphie).

Au-delà de l’importance de posséder une main-d’œuvre qualifiée, une communauté doit s’interroger sur les façons d’offrir aux jeunes un environnement intéressant. Comment se distinguer des autres régions ? L’auteur Richard Florida traite abondamment de cette question dans son livre Who’s Your City ? Pour soutenir cet objectif identitaire, une communauté doit miser sur l’instauration d’une culture dynamique et tolérante. C’est souvent dans la différence et la marginalité que naissent les idées innovantes et stimulantes. Par exemple, Silicon Valley demeure l’un des endroits où l’on trouve le plus d’initiatives novatrices en Amérique du Nord. L’une des caractéristiques de cette région : le droit à l’erreur et à l’échec. Le fait d’avoir lancé un projet d’entreprise qui s’est conclu par une faillite n’y est pas perçu négativement, bien au contraire. Les connaissances acquises lors de cette expérience sont reconnues comme étant positives d’un point de vue professionnel. De plus, on trouve à Silicon Valley une culture de partage de connaissances et de collaboration qui soutient l’innovation. Votre communauté peut-elle en dire autant ? Il apparaît que les communautés qui encouragent la collaboration entre les citoyens, les entreprises et les organismes se démarquent des autres.

En définitive, que retenir de ces réflexions sur l’avenir du développement de nos régions ? D’abord, qu’investir dans l’infrastructure n’est pas tout. Pour une communauté, posséder un bassin de travailleurs qualifiés est tout aussi important, sinon davantage. Ensuite, comme le rappelle Nicola Crosta, « à l’exception de certains secteurs où l’innovation est un phénomène typiquement urbain […], l’innovation est largement un phénomène rural ».

Sources :
Crosta, Nicola (2008). Regions and globalisation : the new regional paradigm, avril, [33] p.

Florida, Richard (2008). Who’s Your City ? How the Creative Economy Is Making Where to Live the Most Important Decision of Your Life, 384 p.

Kempner, Randall (2008) Turning regions into creative centers, 10 avril, [7] p.

Tiré de : Québec (Province). Ministère des Services gouvernementaux, et CEFRIO (2008). Bulletin d’information e-Veille, avril 2008.

Nous vous suggérons de lire les autres articles de ce numéro spécial portant sur le colloque international du CEFRIO intitulé Villes, régions et territoires innovants (avril 2008 : Québec, Québec)